Définition juridique de la victime par ricochet
La victime par ricochet, également appelée victime indirecte, est un proche d’une victime directe (accident de la route, erreur médicale, infraction pénale, accident de la vie) qui subit un préjudice personnel moral ou économique en raison du dommage initial.
Il peut s’agir :
- du conjoint (marié, pacsé ou concubin),
- des enfants,
- des parents,
- des frères et sœurs,
- de toute personne justifiant d’un lien affectif stable et démontré.
La Nomenclature Dintilhac reconnaît le droit des proches à une réparation intégrale de leurs préjudices propres, distincts de ceux de la victime directe.
👉 La victime par ricochet bénéficie d’un droit autonome à indemnisation, que la victime directe soit vivante ou décédée.
Sommaire (cliquer pour dérouler)

Signification de la "victime par ricochet" : quelle indemnisation possible ?
Qui peut être indemnisé en tant que victime par ricochet ?
L’indemnisation des proches concerne notamment :
- Les proches en cas de décès de la victime directe
- Les proches confrontés à un handicap grave ou une invalidité lourde
- Le conjoint dont la vie familiale est profondément bouleversée
- Le parent ayant interrompu son activité professionnelle
- L’enfant ayant perdu un soutien financier
La preuve d’un lien affectif réel, stable et sérieux est déterminante pour obtenir réparation.
Quels préjudices peuvent être indemnisés ?
L’indemnisation d’une victime par ricochet comprend deux grandes catégories :
les préjudices extra-patrimoniaux et les préjudices patrimoniaux.
1️⃣ Les préjudices extra-patrimoniaux
Le préjudice moral (préjudice d’affection)
Il correspond à la souffrance morale liée :
- au décès d’un proche,
- à un handicap lourd,
- à la dégradation durable de la relation familiale.
Son montant dépend :
- de la gravité du dommage,
- de l’intensité du lien affectif,
- des décisions jurisprudentielles applicables.
Le préjudice d’accompagnement
Il indemnise le bouleversement durable des conditions d’existence :
- modification de l’organisation familiale,
- changement profond du quotidien,
- abandon de projets communs.
Le préjudice sexuel et le préjudice d’établissement
Lorsque le handicap altère la relation conjugale ou les projets familiaux, ces postes peuvent être indemnisés.
⚠️ Ils sont rarement proposés spontanément par les assureurs.
2️⃣ Les préjudices patrimoniaux (préjudice économique)
Peuvent être indemnisés :
- la perte de revenus du conjoint,
- la réduction ou cessation d’activité,
- la perte de soutien financier en cas de décès,
- les frais engagés (déplacements, hébergement, assistance).
Chaque poste doit être justifié par des documents précis (bulletins de salaire, attestations, justificatifs fiscaux).
Tierce personne familiale : un enjeu stratégique majeur
Lorsque le conjoint ou un parent devient tierce personne familiale, une question importante se pose.
La Cour de cassation (8 juin 2017) a jugé que :
La perte de revenus du proche est indemnisable même si la victime directe perçoit déjà une indemnité au titre de l’assistance par tierce personne.
Ces postes sont juridiquement distincts.
⚠️ Ce point est fréquemment contesté ou minimisé par les assureurs.
Comment est calculée l’indemnisation d’une victime par ricochet ?
Le calcul repose notamment sur :
- la gravité du dommage subi par la victime directe,
- l’intensité du lien affectif,
- la durée du bouleversement familial,
- les pertes économiques démontrées,
- la jurisprudence du tribunal compétent.
Une offre globale non détaillée poste par poste doit être examinée avec prudence.
Quelle procédure pour obtenir l’indemnisation ?
Selon l’origine du dommage :
- Action contre l’assureur du responsable (accident de la route)
- Intervention du Fonds de Garantie des Assurances Obligatoires de dommages en cas de conducteur non assuré
- Saisine de la Commission d’Indemnisation des Victimes d’Infractions (CIVI)
- Demande auprès de l’Office National d’Indemnisation des Accidents Médicaux (ONIAM) en cas d’erreur médicale
Le choix de la procédure influence directement le montant de l’indemnisation.
Quel est le délai pour agir ? (Prescription)
En matière de dommage corporel :
- Délai de 10 ans à compter de la consolidation (article 2226 du Code civil)
- Délais spécifiques en matière pénale ou devant la CIVI
Le respect du délai est impératif pour préserver vos droits.
Pourquoi les assureurs sous-évaluent-ils le préjudice des proches ?
En pratique :
- Le préjudice moral du conjoint est souvent minoré.
- Les pertes économiques sont contestées.
- Certains postes (préjudice sexuel, établissement) ne sont pas proposés spontanément.
Une analyse juridique approfondie permet fréquemment d’obtenir une indemnisation significativement supérieure à l’offre initiale.
Cas concrets d’indemnisation
➤ Conjoint d’une victime lourdement handicapée
Peut solliciter :
- indemnisation du préjudice moral,
- préjudice d’accompagnement,
- préjudice sexuel,
- perte de revenus.
➤ Parent ayant cessé son activité
Peut demander :
- indemnisation de la perte de salaire,
- remboursement des frais engagés,
- réparation du préjudice moral.
Foire aux questions (FAQ)
Une victime par ricochet peut-elle être indemnisée si la victime directe est vivante ?
Oui. Le préjudice moral et économique peut être indemnisé même en l’absence de décès, notamment en cas de handicap grave.
Quel est le montant du préjudice moral pour un conjoint ?
Il dépend de la gravité du dommage, de l’intensité du lien affectif et de la jurisprudence applicable.
Le concubin peut-il être indemnisé ?
Oui, à condition de démontrer un lien stable et durable.
Peut-on agir plusieurs années après l’accident ?
Oui, tant que le délai de 10 ans à compter de la consolidation n’est pas expiré.
La perte de salaire du conjoint est-elle indemnisable ?
Oui, si elle est directement liée aux conséquences du dommage.
Conclusion
L’indemnisation de la victime par ricochet constitue un droit autonome à réparation intégrale.
🎯 Pour obtenir une indemnisation complète :
- réunir des preuves solides,
- chiffrer chaque poste distinctement,
- adopter une stratégie procédurale adaptée.
Une analyse juridique rigoureuse permet souvent d’obtenir une indemnisation nettement supérieure à l’offre initiale de l’assureur.
Exemples de questions de victimes sur l'indemnisation de la victime par ricochet
Victime par ricochet
J’aurai voulu avoir des renseignements à la suite d’un accident corporel. Tout d’abord, je précise que je suis initialement pacsé avec mon conjoint puis marié. Ce dernier a été victime d’un accident grave ; en effet il a été renversé par une automobiliste alors qu’il circulait en moto. A la suite du procès la conductrice a été jugée responsable de l’accident et le Fonds de Garantie a pris le relais, puisque cette personne n’était pas assurée. Mon conjoint a été gravement polytraumatisé, reconnu invalide à plus de 80% ; il a été indemnisé à l’issue de la période de consolidation. Il y a quelques années, il y a eu une aggravation sur un membre supérieur, nécessitant des interventions chirurgicales et donc une nouvelle indemnisation, à l’issue de l’expertise médicale. A ce jour, mon époux doit faire face à une seconde aggravation, celle ci sur un membre inférieur. Une nouvelle intervention chirurgicale a été pratiquée pour la pause d’une prothèse de genou. Actuellement son état n’est pas consolidé. Malgré le fait que nous avions été défendu par un avocat, à aucun moment mon préjudice « par ricochet » n’a été évoqué et à ce jour je n’ai jamais été indemnisé. A l’époque nous ne savions pas que cela pouvait être le cas, par ailleurs nous ne pouvions pas imaginer les conséquences de cet accident dans ma propre vie (préjudice moral, sexuel, financier ..etc.) Je précise que lors de la première expertise médicale, il avait été évoqué mon intention de quitter mon emploi pour prendre ma retraite (militaire) afin de s’occuper au mieux de mon conjoint. J’aurai voulu savoir s’il était toujours possible de faire valoir mes droits au regard de la situation et, dans l’affirmative, comment procéder pour entamer cette démarche d’indemnisation.
Victime par ricochet
Mon fils a eu un gros traumatisme crânien avec embarure frontale etc… Dans le coma 7 jours. Le dossier de mon fils s’est terminé à l’amiable. J’ai arrêté mon travail d’aide soignante à domicile le jour de l’accident pour deux raisons. M’occuper de mon fils et mon état de santé ne me permettait plus d’exercer mon métier. J’ai supporté pendant 10 ans les crises du comportement de mon fils. Les conséquences !! A ce jour j’ai tout perdu, mon travail, ma maison, je présente des manifestations anxio dépressif sévère qui m’empêche de travailler. Puis je prétendre à un préjudice économique depuis l’accident et jusqu’à quand en tant que victime indirecte par ricochet ? J’ai tous les documents nécessaires qui prouvent mes dires. L’assurance a indemnisé mon fils, quant à moi même les frais d’hôtel ne m’ont pas été remboursé. Ils m’ont proposé 10000€ pour préjudice moral. J’ai refusé.
