Cette réponse a été rédigée par Maître Oscar Morin, avocat en dommage corporel, qui accompagne exclusivement les victimes d’accidents de la route face aux compagnies d’assurance.
Elle s’appuie sur les textes applicables, la jurisprudence récente et la pratique quotidienne de l’indemnisation des victimes.
Après un accident de la route, de nombreuses victimes pensent – à tort – que toute faute de leur part exclut automatiquement toute indemnisation.
En réalité, le droit français prévoit un régime protecteur, qui distingue selon le statut de la victime et la nature de la faute.
Sommaire (cliquer pour dérouler)

Le cabinet vous accueille et vous présente son activité orientée vers l’indemnisation des victimes d’accidents de la route, d’accidents de la vie et d’erreurs médicales.
Régime d’indemnisation des victimes d’accident de la circulation en cas de faute
Être victime d’un accident de la route n’exclut pas automatiquement le droit à indemnisation, même en cas de faute.
Le droit français, à travers la loi du 5 juillet 1985 dite loi Badinter, a instauré un régime particulièrement protecteur pour les victimes d’accidents de la circulation impliquant un véhicule terrestre à moteur.
Toutefois, les conséquences d’une faute sur le droit à indemnisation varient selon le statut de la victime (conducteur ou non-conducteur) et la gravité de la faute commise.
La jurisprudence est abondante et précise les limites de ce droit.
👉 Cette page vous explique dans quels cas une faute peut réduire ou exclure l’indemnisation, et dans quels cas la victime reste pleinement protégée.
⚖️ Principe général posé par la loi Badinter
La loi n° 85-677 du 5 juillet 1985 s’applique à toute victime d’un accident de la circulation impliquant un véhicule terrestre à moteur, qu’elle soit conductrice ou non.
🔹 Principe : la victime a droit à réparation de ses préjudices corporels.
🔹 Exception : ce droit peut être limité ou exclu en cas de faute, selon des règles strictement encadrées.
La loi distingue clairement :
- les conducteurs de véhicules,
- les non-conducteurs (passagers, piétons, cyclistes).
🚗 Victime conductrice : une faute peut-elle réduire ou exclure l’indemnisation ?
✔️ Oui, mais pas automatiquement
Lorsque la victime est conductrice d’un véhicule terrestre à moteur, l’article 4 de la loi Badinter prévoit que :
La faute du conducteur a pour effet de limiter ou d’exclure l’indemnisation des dommages qu’il a subis.
🔍 Conséquence pratique :
- toute faute ayant contribué à la réalisation du dommage peut être retenue,
- le juge apprécie souverainement :
- la gravité de la faute,
- son lien de causalité avec le dommage.
Exemples de fautes fréquemment retenues
- défaut de maîtrise du véhicule,
- vitesse excessive,
- non-respect d’un stop ou d’un cédez-le-passage,
- conduite sans permis ou sous l’emprise de l’alcool,
- comportement manifestement dangereux.
👉 L’indemnisation peut alors :
- être réduite (ex. : 50 %),
- ou totalement exclue en cas de faute grave.
🚶♂️ Victime non conductrice : une protection renforcée
Les passagers, piétons et cyclistes bénéficient d’un régime nettement plus protecteur.
🔒 Principe : la faute n’est pas opposable
Selon l’article 3 de la loi Badinter, les non-conducteurs sont indemnisés de leurs préjudices corporels, même s’ils ont commis une faute.
❌ Deux seules exceptions permettent l’exclusion de l’indemnisation :
- La recherche volontaire du dommage
- La faute inexcusable, cause exclusive de l’accident
👉 Ces situations sont rarissimes et strictement appréciées par les tribunaux.
⚠️ Qu’est-ce qu’une faute inexcusable ?
La jurisprudence la définit comme :
une faute volontaire d’une exceptionnelle gravité exposant sans raison valable son auteur à un danger dont il aurait dû avoir conscience.
Exemples retenus par les tribunaux :
- piéton allongé de nuit sur la chaussée en état d’ébriété,
- comportement délibérément suicidaire.
👉 Une simple imprudence ne suffit jamais.
👨👩👧 Victimes par ricochet (proches)
Les proches d’une victime directe (conjoint, enfants, parents) peuvent être indemnisés de leurs propres préjudices (préjudice d’affection, économique…).
⚠️ Attention :
- si la victime directe voit son droit à indemnisation réduit ou exclu,
- cette limitation s’applique également aux victimes par ricochet (article 6 de la loi).
🧳 Dommages corporels vs dommages matériels
| Type de préjudice | Effet de la faute |
|---|---|
| Préjudices corporels | Protection forte (surtout non-conducteurs) |
| Dommages matériels | La faute peut limiter ou exclure l’indemnisation pour tous |
👉 Les frais médicaux prescrits restent indemnisables selon le régime corporel.
🧒 Victimes vulnérables : une protection quasi absolue
Sont toujours indemnisées, même en cas de faute :
- les victimes de moins de 16 ans,
- de plus de 70 ans,
- ou présentant une incapacité permanente ≥ 80 %.
❌ Seule la recherche volontaire du dommage peut leur être opposée.
⏳ Procédure et rôle de l’assureur
L’assureur doit :
- informer la victime de ses droits (annexe A211-11 du Code des assurances),
- formuler une offre d’indemnisation dans un délai de 8 mois en cas de dommage corporel,
- motiver toute réduction ou exclusion par une faute juridiquement caractérisée.
⚠️ Rappel :
👉 La charge de la preuve de la faute incombe à l’assureur.
🎯 Pourquoi se faire assister par un avocat ?
Un avocat en droit du dommage corporel intervient pour :
- contester une faute injustement retenue,
- démontrer l’absence de lien de causalité,
- faire écarter la qualification de faute inexcusable,
- préserver les droits des proches,
- éviter une réduction abusive de l’indemnisation.
🎯 Objectif : obtenir la réparation intégrale du préjudice, conformément à la loi et à la jurisprudence. Une faute retenue à tort au stade amiable peut réduire définitivement l’indemnisation, même lorsque la responsabilité de l’assureur est acquise.
🏁 Conclusion
👉 Oui, une victime peut être indemnisée même si elle a commis une faute, mais :
- le régime dépend du statut de la victime,
- la faute du conducteur peut réduire ou exclure l’indemnisation,
- les non-conducteurs bénéficient d’une protection renforcée,
- seules des fautes exceptionnelles justifient une exclusion totale.
La jurisprudence confirme une lecture protectrice mais nuancée de la loi Badinter.
Une analyse juridique précise est indispensable pour défendre efficacement les droits de la victime.
Chaque situation est différente, et l’appréciation d’une faute dépend étroitement des circonstances de l’accident et de la jurisprudence applicable.
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