Le cas présenté ci-dessous est une reconstitution anonymisée inspirée de situations réelles. Les lieux, prénoms et certains détails ont été modifiés afin de préserver la confidentialité.

⚖️ Le coup de colère de Maître Morin
Présenter un tarif horaire retenu dans une décision comme s’il constituait « le tarif de la Cour de cassation » est trompeur. La Cour de cassation ne fixe pas un prix national de l’heure de tierce personne applicable indistinctement à toutes les victimes.
L’indemnisation doit être appréciée à partir des besoins réels de la victime et des éléments concrets permettant d’établir le coût de l’assistance nécessaire.
« Avec cette somme, je ne trouverai personne pour m’aider »
À Angers, Sophie vit dans une maison de plain-pied avec son mari. Depuis son accident, elle se déplace en fauteuil roulant. Chaque matin, elle a besoin d’aide pour quitter son lit, faire sa toilette, s’habiller et s’installer dans son fauteuil.
Son mari l’accompagne autant qu’il le peut, mais cette organisation pèse progressivement sur la vie familiale. Le médecin expert reconnaît la nécessité d’une assistance quotidienne par une tierce personne. Une difficulté apparaît pourtant au moment de déterminer le tarif horaire.
L’assureur propose un montant en invoquant une décision de justice ayant retenu un tarif comparable. Sophie s’interroge : si elle accepte une somme insuffisante, pourra-t-elle réellement financer l’aide reconnue comme nécessaire ?
La jurisprudence ne constitue pas un catalogue de tarifs
Une décision mentionnant un tarif déterminé ne crée pas automatiquement un barème applicable à toutes les victimes. Chaque dossier dépend notamment de la nature du handicap, du nombre d’heures, du type d’assistance, du mode d’intervention, du lieu de résidence et des éléments de preuve produits.
La Cour de cassation contrôle l’application des règles de droit ; elle ne publie pas un tarif horaire national auquel les auxiliaires de vie devraient obligatoirement intervenir.
Le principe de réparation intégrale
L’indemnisation du dommage corporel repose sur le principe de réparation intégrale, sans perte ni profit pour la victime. L’assistance par tierce personne doit donc être évaluée de façon à répondre au besoin retenu dans le dossier.
L’aide apportée bénévolement par un proche ne suffit pas, à elle seule, à justifier une réduction de l’indemnisation. De même, l’évaluation ne se résume pas nécessairement aux seules dépenses déjà engagées par la victime.
Revenir à la situation réelle de la victime
La question utile n’est pas seulement de savoir quel tarif a été retenu dans une autre affaire, mais combien coûte réellement l’assistance correspondant aux besoins de la victime.
L’évaluation peut notamment tenir compte des gestes à accomplir, des transferts, des contraintes de sécurité, de la qualification nécessaire, des horaires, des nuits, dimanches et jours fériés, des congés et remplacements, du lieu de résidence et du mode d’organisation retenu.
Le coût peut différer selon que la victime recourt à l’emploi direct, à un service mandataire ou à un organisme prestataire.
Demander plusieurs devis comparables
Pour discuter utilement le tarif proposé par l’assureur, plusieurs devis locaux établis sur une base comparable peuvent constituer des éléments de preuve importants. Les demandes doivent décrire les mêmes besoins : volume horaire, nature des gestes, contraintes particulières, interventions nocturnes ou les jours fériés, qualification et modalités de remplacement.
Les devis, grilles tarifaires, courriels et éventuels refus d’intervention permettent de documenter le coût concret de l’assistance disponible.
Transformer les devis en démonstration
Les documents recueillis gagnent à être présentés dans un tableau comparatif faisant apparaître les prestations incluses, les majorations, les modalités de remplacement et les contraintes particulières du dossier. L’objectif n’est pas de rechercher artificiellement le tarif le plus élevé, mais d’établir le coût d’une assistance adaptée et effectivement disponible.
Une indemnité doit fonctionner dans la vie réelle
Une indemnisation théorique qui ne permettrait pas de financer l’aide reconnue nécessaire doit pouvoir être discutée à partir des faits et des preuves du dossier. La jurisprudence constitue un repère juridique ; elle ne remplace pas l’évaluation concrète du préjudice.
Dans le cas de Sophie, l’enjeu dépasse quelques euros de l’heure : il concerne son autonomie, sa sécurité et l’organisation durable de sa vie quotidienne.
⚖️ Jurisprudence et sources
Les décisions relatives à la tierce personne doivent toujours être replacées dans leur contexte. Un tarif retenu dans une affaire particulière ne constitue pas, par lui-même, un tarif obligatoire applicable à toutes les victimes.
- Cour de cassation, 2e chambre civile, 16 juillet 2020, pourvoi n° 19-14.982.
- Cour de cassation, 2e chambre civile, 24 septembre 2020, pourvoi n° 19-21.317.
- Cour de cassation, 2e chambre civile, 15 janvier 2015, pourvois n° 13-21.612, 14-11.364 et 14-14.132.
- Cour de cassation, 1re chambre civile, 23 septembre 2020, pourvoi n° 19-18.582.
- Article 1240 du Code civil.