Une provision de 2 000 €, 10 000 € ou 30 000 € peut être cohérente dans un dossier et insuffisante dans un autre. Le chiffre, isolé, ne permet pas de répondre. Avant consolidation, il faut regarder ce qui est déjà prouvable : revenus effectivement perdus, aide nécessaire, frais restés à charge, périodes de gêne et éléments médicaux déjà décrits.
Votre provision mérite-t-elle d’être recalculée ? Le test en 5 questions
- Depuis la dernière provision, votre arrêt de travail a-t-il été prolongé ?
- Supportez-vous une perte de revenus qui n’est pas entièrement compensée ?
- Une aide humaine, des soins, des transports ou du matériel restent-ils à votre charge ?
- Une expertise ou un nouveau document médical décrit-il des conséquences qui n’étaient pas connues lors du premier versement ?
- Pouvez-vous rattacher chaque somme demandée à une période et à une pièce ?
Plusieurs réponses positives ne donnent pas automatiquement droit à un montant déterminé. Elles indiquent surtout qu’une demande complémentaire peut devoir être reconstruite sur des éléments nouveaux et vérifiables.
Le réflexe à éviter : demander « combien dois-je recevoir ? » sans dater la demande
Une demande de provision se lit à un instant donné. Entre l’accident, la sortie d’hospitalisation, une expertise et une prolongation d’arrêt, les éléments disponibles ne sont plus les mêmes. Le bon comparatif n’est donc pas avec le dossier d’une autre victime, mais avec la situation documentée au jour de la demande précédente et les éléments nouveaux apparus depuis.
Ce que la loi Badinter prévoit réellement sur l’offre provisionnelle
L’article 12 de la loi du 5 juillet 1985 impose à l’assureur garantissant la responsabilité civile du fait d’un véhicule terrestre à moteur de présenter une offre d’indemnité à la victime ayant subi une atteinte à sa personne dans un délai maximal de huit mois à compter de l’accident. Lorsque l’assureur n’a pas été informé de la consolidation dans les trois mois de l’accident, cette offre peut avoir un caractère provisionnel.
Une fois l’assureur informé de la consolidation, l’offre définitive doit être présentée dans les cinq mois. Il faut donc distinguer l’avance versée pendant l’évolution médicale de l’offre qui liquide définitivement les préjudices après consolidation.
⚠️ À ne pas transformer en fausse règle
Il n’existe pas de formule légale du type « X euros par mois » ni de montant minimal universel. La question de la suffisance dépend notamment de ce que l’assureur connaissait ou devait rechercher sur les conséquences de l’accident et des éléments permettant déjà d’évaluer certains préjudices.
Comment vérifier concrètement si la provision proposée est adaptée ?
La méthode utile consiste à sortir du chiffre global et à dresser un tableau des conséquences déjà documentées. Tant que la victime n’est pas consolidée, certains postes permanents restent incertains ; en revanche, plusieurs préjudices temporaires peuvent déjà être décrits et parfois chiffrés.
💚 Le point de contrôle de Maître Morin
Je ne demande pas une provision en partant d’un chiffre rond. Je pars de ce qui est déjà démontrable : perte économique, assistance nécessaire, frais, durée d’incapacité et évolution médicale. La demande devient alors contrôlable : chaque somme ou besoin renvoie à une pièce, et chaque nouvelle étape du dossier permet de vérifier si une provision complémentaire doit être sollicitée.
Cas pratique : 2 000 € proposés alors que l’arrêt de travail se prolonge
Situation fictive. Une victime reçoit une provision de 2 000 €. Elle est toujours en arrêt de travail, supporte une perte de revenus non entièrement compensée, se fait aider plusieurs heures par semaine et conserve des frais de déplacement liés aux soins.
La bonne démarche n’est pas d’affirmer automatiquement que « 2 000 € est insuffisant ». Il faut d’abord chiffrer la perte effectivement supportée, documenter l’aide et les frais, puis comparer ce total provisoire aux sommes déjà versées. C’est l’écart entre les conséquences objectivables et la provision qui permet d’argumenter une demande complémentaire.
Exemple de tableau à joindre à une demande complémentaire
| Conséquence | Période | Justificatif | Montant / besoin |
|---|---|---|---|
| Perte de revenus | Mois 1 à 3 | Bulletins + IJ | À calculer sur la perte nette documentée |
| Aide humaine | Depuis le retour à domicile | Éléments médicaux + attestations | Heures à objectiver |
| Frais | Depuis l’accident | Factures / transports | Restes à charge justifiés |
Une provision acceptée ferme-t-elle le dossier ?
Non, l’offre provisionnelle doit être distinguée de l’offre définitive. La Cour de cassation a rappelé le 18 décembre 2025 que l’offre d’indemnisation provisionnelle est distincte de la transaction visée par les dispositions relatives à l’offre définitive. Dans l’affaire jugée, l’acceptation d’offres provisionnelles n’a pas figé définitivement le droit à indemnisation de la victime.
Cela ne signifie pas qu’il faut signer n’importe quel document sans le lire : il faut toujours vérifier son intitulé, les réserves éventuelles et ce qu’il prétend régler. Mais une avance provisionnelle n’a pas la même fonction que la liquidation définitive du dommage.
Question de victime : « J’ai déjà reçu une provision. Puis-je en demander une autre ? »
Une nouvelle demande peut être justifiée lorsque le dossier évolue et que de nouveaux éléments deviennent objectivables : prolongation de l’arrêt, nouvelle intervention, besoin d’aide plus long, frais supplémentaires ou expertise apportant des éléments nouveaux. La demande doit expliquer ce qui a changé depuis la provision précédente et être accompagnée des pièces correspondantes.
Que faire lorsque la provision paraît trop faible ?
- Reconstituer les sommes déjà reçues pour éviter de raisonner sur une provision isolée.
- Chiffrer les conséquences temporaires déjà établies sans anticiper artificiellement les séquelles définitives.
- Joindre les justificatifs et expliquer les postes non couverts.
- Demander une provision complémentaire motivée en distinguant les besoins nouveaux de ceux déjà pris en compte.
- Examiner la voie judiciaire si le désaccord persiste. En référé, une provision peut être accordée lorsque l’obligation n’est pas sérieusement contestable, dans la limite de ce qui peut être retenu à ce stade.
Si le problème porte non plus sur une avance avant consolidation mais sur une offre définitive sous-évaluée, la question est différente : voir comment analyser une offre manifestement insuffisante.
Sources officielles utiles
- Loi n° 85-677 du 5 juillet 1985, notamment articles 12 à 17.
- Cour de cassation, 2e civ., 18 décembre 2025, n° 23-23.352 : régime de l’offre provisionnelle.
- Cour de cassation, 2e civ., 18 décembre 2025, n° 24-12.605 : contrôle de l’offre et informations disponibles.
Conclusion : une provision suffisante se démontre avec le dossier
Le montant d’une provision ne peut pas être apprécié sérieusement à partir de la seule gravité apparente de l’accident ou d’un chiffre trouvé dans un autre dossier. Il faut rapprocher les sommes déjà versées des préjudices temporaires qui peuvent être établis au moment de la demande.
Cette logique permet aussi de savoir quand revenir vers l’assureur : non pas à intervalles arbitraires, mais lorsqu’un élément nouveau modifie l’évaluation provisoire — prolongation de l’arrêt, frais nouveaux, expertise, évolution de l’aide nécessaire ou aggravation documentée des conséquences temporaires.
Faire vérifier le montant d’une provision
Si une provision a déjà été proposée ou versée, l’analyse consiste à comparer ce montant aux préjudices temporaires documentés et aux sommes déjà perçues, puis à identifier les pièces manquantes avant une demande complémentaire.