La demande doit être écrite, traçable, adressée au bon détenteur et préciser les périodes, services et pièces techniques recherchées. Il faut ensuite vérifier la chronologie et réclamer nominativement les documents manquants.
Le dossier médical n’est pas seulement un ensemble de comptes rendus. Pour reconstituer une prise en charge, il peut être nécessaire d’obtenir les prescriptions, feuilles de surveillance, documents d’anesthésie, résultats biologiques, images radiologiques dans leur format d’origine, traçabilité des dispositifs ou échanges entre professionnels.
Dans un dossier de responsabilité médicale, le cabinet ne cherche pas uniquement une phrase reconnaissant une erreur. Il reconstruit la chronologie des symptômes, des décisions, des examens, des alertes et des traitements afin de déterminer ce qui s’est réellement produit et ce qu’une prise en charge conforme aurait éventuellement changé.
La Méthode Oscar Morin : réclamer, contrôler, reconstruire
« Un dossier transmis en plusieurs centaines de pages peut rester juridiquement inutilisable s’il n’est ni classé ni vérifié. Notre méthode repose sur trois opérations : réclamer les bonnes pièces, contrôler ce qui manque, puis reconstruire une chronologie minute par minute lorsque la situation l’exige. C’est cette chronologie qui permet ensuite de poser les bonnes questions à l’expert. »
— Maître Oscar Morin, Avocat en responsabilité médicale
Le droit d’accès au dossier médical
L’article L.1111-7 du Code de la santé publique permet à toute personne d’accéder aux informations concernant sa santé détenues par des professionnels et établissements de santé, directement ou par l’intermédiaire d’un médecin qu’elle désigne.
La communication intervient, en principe, au plus tôt après un délai de réflexion de 48 heures et au plus tard dans les huit jours. Ce délai peut être porté à deux mois lorsque les informations médicales datent de plus de cinq ans ou dans certaines situations particulières prévues par la loi.
La consultation sur place est gratuite. Lorsque des copies sont demandées, le professionnel ou l’établissement peut facturer les coûts de reproduction et d’envoi selon les règles applicables. Pour un établissement de santé, la conservation est en principe de vingt ans à compter du dernier séjour ou de la dernière consultation externe, sous réserve de règles particulières.
À propos de l’auteur : Maître Oscar Morin
Ce guide a été rédigé par Maître Oscar Morin, avocat en droit des victimes, de la responsabilité médicale et de la réparation du préjudice corporel. Il intervient lorsque la lecture du dossier doit permettre d’examiner une faute, une infection nosocomiale, un accident médical non fautif, un défaut d’information ou une perte de chance.
Le cabinet travaille, selon les besoins, avec des médecins conseils de victimes et des spécialistes de la discipline concernée. L’objectif n’est pas de conclure trop vite à une faute, mais d’identifier les données médicales utiles, les causes concurrentes et les questions qui devront être soumises à l’expertise.
Vous rencontrez un refus ou soupçonnez un dossier incomplet ? Consultez également [Refus d’accès au dossier médical : que faire ?] ou demandez une [évaluation gratuite et confidentielle de votre situation].
⚠️ Alerte procédure : les 4 erreurs qui affaiblissent la demande
- La demande orale : aucun accusé ne permet de dater la réception ni de calculer le délai.
- La formule trop vague : elle ne permet pas de repérer ensuite les pièces manquantes.
- L’oubli des images natives : un compte rendu d’IRM ne remplace pas les images que devra relire l’expert.
- La conclusion immédiate : une absence apparente ou une incohérence ne prouve pas, à elle seule, une faute ou une dissimulation.
Demander son dossier médical : la méthode complète
Une demande efficace identifie le patient, la période de prise en charge, les services concernés, le mode de communication souhaité et les pièces particulières recherchées. Elle est adressée au professionnel ou à l’établissement qui détient les informations.
Pour un hôpital ou une clinique, la demande peut être envoyée au service des relations avec les usagers, aux archives médicales ou à la direction indiquée par l’établissement. Pour un médecin, un laboratoire ou un centre d’imagerie libéral, elle est adressée directement au professionnel ou à la structure.
1. Qui peut demander le dossier médical ?
- Le patient majeur, directement ou par l’intermédiaire d’un médecin désigné.
- Un mandataire, lorsque le mandat et les justificatifs permettent d’établir l’étendue de la mission.
- Les titulaires de l’autorité parentale pour un mineur, sous réserve des dispositions protectrices du secret du mineur et des modalités légales.
- La personne chargée d’une mesure de protection, selon la nature exacte de cette mesure et des pouvoirs qui lui ont été confiés.
- Dans certaines conditions, les ayants droit, le concubin ou le partenaire de PACS d’une personne décédée, pour connaître les causes de la mort, défendre la mémoire du défunt ou faire valoir leurs droits, sauf volonté contraire exprimée par le patient.
Dans le cas d’une personne décédée, l’accès n’est pas nécessairement général : l’établissement examine le motif invoqué et communique les informations nécessaires à cet objectif. Il faut donc expliquer précisément le droit à défendre et joindre les justificatifs de qualité.
2. Quelles pièces réclamer ?
La liste doit être adaptée à la prise en charge. Elle peut comprendre :
- comptes rendus de consultation, d’urgence, d’hospitalisation et de sortie ;
- comptes rendus opératoires et feuilles d’anesthésie ;
- prescriptions, administrations médicamenteuses et feuilles de surveillance ;
- résultats biologiques, bactériologiques et anatomopathologiques ;
- comptes rendus d’imagerie et images natives au format DICOM ;
- transmissions médicales et infirmières formalisées ;
- consentements, documents d’information et fiches relatives aux dispositifs implantés ;
- partogramme, monitorings et documents néonataux lorsque le dossier concerne une naissance ;
- courriers échangés entre professionnels et documents de liaison.
Les informations concernant des tiers ou les notes personnelles qui ne répondent pas aux conditions légales de communicabilité peuvent relever d’un régime différent. Une demande d’accès ne signifie donc pas que tout document matériellement présent sera nécessairement transmis sans examen.
3. Modèle de lettre pour demander son dossier médical
Objet : demande de communication de mon dossier médical
Madame, Monsieur,
Je soussigné(e) [nom, prénom, date de naissance], sollicite, sur le fondement de l’article L.1111-7 du Code de la santé publique, la communication des informations médicales me concernant relatives à ma prise en charge du [date] au [date] dans le service [nom du service].
Je souhaite recevoir notamment : comptes rendus de consultation et d’hospitalisation, dossier opératoire et anesthésique, prescriptions et administrations, observations et feuilles de surveillance, résultats biologiques, imagerie et fichiers DICOM, courriers médicaux, consentements et documents de sortie.
Je souhaite une transmission [par voie numérique sécurisée / sur support numérique / par courrier / par consultation sur place]. Je joins une copie de ma pièce d’identité et les justificatifs nécessaires.
Je vous remercie de m’accuser réception de cette demande et de m’informer préalablement des éventuels frais de reproduction ou d’envoi.
Veuillez agréer…
[signature et coordonnées]
Contrôle visuel des pièces reçues
Cochez chaque famille après vérification. Une case « à relancer » aide à préparer une demande complémentaire précise.
La remarque de Maître Morin : « Adaptez la liste au dossier. Pour un problème d’anesthésie, réclamez la feuille d’anesthésie et la SSPI. Pour un retard de diagnostic, demandez les consultations, messages, examens et images successives. Pour une infection, ciblez la microbiologie, les antibiogrammes, prescriptions et dispositifs. »
4. Dossier incomplet ou refus : quelle riposte ?
En cas de silence, d’opposition ou de transmission partielle, consultez le guide consacré au refus d’accès au dossier médical. Si les pièces révèlent une prise en charge anormale, voyez aussi comment prouver une erreur médicale et le rôle de l’expertise médicale.
Commencez par comparer les pièces reçues à la chronologie connue de la prise en charge. Une numérotation interrompue, une mention d’examen sans résultat joint ou un compte rendu faisant référence à un document absent justifie une demande complémentaire précise.
- Relance écrite : rappelez la date de réception, le fondement légal et nommez les pièces absentes.
- Réclamation interne : saisissez la direction, le service des usagers, le délégué à la protection des données ou la commission des usagers selon la difficulté.
- Établissement public : la CADA peut intervenir en cas de refus ou de silence relevant de sa compétence ; sa saisine constitue une étape préalable au contentieux administratif dans les cas concernés.
- Données personnelles : une réclamation auprès de la CNIL peut être envisagée lorsque le droit d’accès aux données n’est pas respecté.
- Urgence ou blocage persistant : une action devant la juridiction compétente peut être discutée selon la nature du détenteur et l’objectif poursuivi.
Le recours doit être adapté au détenteur. La CADA n’est pas le guichet universel de tous les dossiers : il faut notamment distinguer établissement public, clinique privée et professionnel libéral.
Question de victime à titre d’exemple
Sujet : dossier incomplet après une complication opératoire
« Après une intervention, j’ai présenté une hémorragie et j’ai été transféré en réanimation. L’hôpital m’a envoyé le compte rendu opératoire et la lettre de sortie, mais je n’ai ni feuille d’anesthésie, ni surveillance en salle de réveil, ni détail des constantes. On me répond que le dossier a déjà été transmis en totalité. Comment vérifier ? »
La réponse de Maître Oscar MORIN
Avocat en responsabilité médicale et réparation du préjudice corporel
Le mot « totalité » employé dans le courrier ne permet pas de savoir quelles catégories de documents ont été recherchées. Le compte rendu opératoire et la lettre de sortie ne remplacent pas les données de surveillance anesthésique et postopératoire.
Votre relance doit donc être nominative. Demandez notamment :
- la consultation pré-anesthésique et la feuille d’anesthésie complète ;
- la feuille de surveillance de la salle de soins post-interventionnelle ;
- les constantes, prescriptions et administrations autour de l’hémorragie ;
- les transmissions médicales et infirmières relatives à l’aggravation et au transfert ;
- les résultats biologiques et comptes rendus d’imagerie correspondants.
Il faut ensuite reconstruire la chronologie sans conclure prématurément : heure des premiers signes, alerte, examens, décision de reprise ou de transfert et mesures prises. C’est cette chronologie qui permettra à un médecin conseil de déterminer les questions médicales pertinentes.
Note : afin de garantir le secret professionnel et l’anonymat des personnes, ce cas pratique est une illustration combinant plusieurs situations types.
Les 3 blocs essentiels à retenir
1. Une demande écrite et ciblée
- Le piège : demander oralement « tout le dossier » sans dates, service ni preuve de réception.
- La riposte : identifier chaque détenteur, la période et les catégories de pièces recherchées.
2. Contrôler la complétude par la chronologie
- Le piège : croire qu’un fichier volumineux est nécessairement complet.
- La riposte : rapprocher chaque événement connu des prescriptions, résultats, surveillances et décisions correspondantes.
3. Choisir le bon recours
- Le piège : saisir indifféremment la CADA, la CNIL ou le juge sans tenir compte du détenteur et du fondement.
- La riposte : adapter la relance et la procédure à l’hôpital public, à la clinique ou au professionnel libéral.
Conclusion : transformer les pièces médicales en chronologie probante
Obtenir le dossier médical est une première étape. L’enjeu véritable consiste à vérifier ce qui a été transmis, identifier les pièces manquantes et organiser les documents pour comprendre la prise en charge.
Le cabinet de Maître Oscar Morin analyse ensuite la chronologie avec les compétences médicales utiles. Cette méthode permet de distinguer une complication sans faute, un accident médical indemnisable sous conditions, un manquement fautif ou une perte de chance pouvant justifier un recours.
Le cabinet peut examiner la demande, la chronologie et les pièces manquantes avant toute expertise.
📚 Sources & Références légales
- Article L.1111-7 du Code de la santé publique : droit d’accès aux informations de santé et délais de communication.
- Service-Public.fr : dossier médical, personnes autorisées, modalités et recours.
- CNIL : accès direct du patient à son dossier médical.
- Article R.1112-7 du Code de la santé publique : durée de conservation du dossier médical par les établissements de santé.
- CADA : accès au dossier médical détenu par un établissement public.